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Invitation

23 février 2023

Hortulanus noster

L’Orangerie de l’Abbaye bénédictine d’Echternach

Projet topiaire en marge de l’humilité monacale ou rêverie édénique ?

Histoire d’un lieu, d’un bâtiment, de son jardin, de ses utilisations et de ses enjeux

Conférence-projection de Frank WILHELM

Professeur émérite de l’Université du Luxembourg

Jeudi 16 mars 2023 à 19 h. en la salle dite « des glaces » du Lycée classique d’Echternach

Au XVIIIe siècle, l’Abbaye bénédictine d’Echternach fondée par saint Willibrord en 698 se met au goût du jour. Dès ses débuts, le couvent avait une dimension spirituelle et temporelle, à partir des années 1730, sous le règne abbatial de Grégoire Schouppe, l’architecte lorrain Léopold Durand, moine bénédictin, reconstruit l’abbaye médiévale en plus grand, en plus représentatif du pouvoir. Il est le concepteur du bâtiment central accolé à l’église abbatiale et de l’édifice qui va embellir le « jardin des prélats » en face de l’entrée de la cour d’honneur : l’Orangerie. C’est le style classique baroque français qui domine, avec sa symétrie, sa rigueur géométrique, ses proportions harmonieuses. S’y ajoute le brin de folie du style rococo (en France : Louis XV) ; la statuaire est tout en courbes, en excentricités, en sinuosités, en spontanéité. On y plante jusqu’à 400 arbres pour en faire un topos horticole pensé comme œuvre d’art, avec un bassin central et quatre allées allégoriques. Le bâtiment lui-même est une serre luxueuse et festive pour abriter en hiver des plantes exotiques comme les agrumes, notamment des orangers. Est-ce un rappel du jardin de l’Eden dont Adam et Ève ont été chassés ? L’humilité monacale et la devise bénédictine ORA ET LABORArecommanderaient davantage de modestie. La Révolution française balaiera ces excès ecclésiastiques et donnera le pouvoir à la bourgeoisie entreprenante : à Echternach la famille Dondelinger entre autres.

La conférence-projection fera découvrir les représentations graphiques du site (plans cavaliers, dessins, gravures, utopies, exégèses), des témoignages littéraires sur le site horticole et architectural, les premières photographies diffusées sous forme de cartes postales illustrées. En 1920, l’État acquiert la partie avant (ouest) de l’abbaye suite au décès du dernier propriétaire privé, Jean-Henri Dondelinger III, et y installe le Gymnase. On ne sait à quel usage est destinée l’Orangerie, mais l’ancien jardin des prélats est exploité comme potager et verger par les frères rédemptoristes alsaciens installés à Echternach après 1900. Comme par miracle l’Orangerie échappe à des destructions massives pendant l’Offensive des Ardennes et, la paix revenue, est restaurée. On songe à en faire la résidence du curé doyen et de ses vicaires, mais c’est le Musée de l’État qui y transférera une exposition d’objets (mobilier, tableaux) en provenance de l’abbaye. À partir de 1967, le Lycée classique pourra y faire fonctionner quatre salles de classe. Le site est animé par les élèves, c’est presque l’école buissonnière, où l’on dessine et enseigne parfois au milieu des parterres. Le jardin est investi par des manifestations culturelles externes au Lycée : concerts dans le cadre du Festival international de musique ou d’« Echternach en musique», théâtre international de la jeunesse s’exprimant par le geste et la danse plutôt que par la parole, récemment aussi concerts ultra contemporains organisés par les jeunes du E-Lake Festival. On rencontre l’Orangerie dans une bande dessinée ; avec la ci-devant abbaye, elle prête son cadre à un film professionnel autour de Sherlock Holmes et à une vidéo luxembourgeoise qui caricature la monarchie.

Bref, ce monument et ce jardin où jamais personne n’a habité à demeure sont des lieux très vivants, ouverts sur la société malgré la clôture évidente, avec une grille magistrale qui permet autant la vue qu’elle peut barrer l’accès. Le site s’est ainsi démocratisé, là où autrefois les sculpteurs créaient des êtres mythologiques, de nouvelles formes d’expression comme un ballet de danse classique par des élèves de l’École régionale de musique permettent au jardin avec son Orangerie réservés jadis aux prélats et aux riches propriétaires privés de trouver un public élargi et bon enfant qui y trouve une sorte de… paradis terrestre.

frank.wilhelm@education.lu             frank.wilhelm@victor-hugo.lu

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